SORTONS DE NOTRE PARALYSIE EN DEMYSTIFIANT LES GEANTS DU NET !

25/10/2018

Arno Pons – Délégué général la Fondation Digital New Deal
Arno Pons – Délégué général Fondation Digital New Deal

USA et URSS nous imposaient hier la même terreur sous le poids de leurs lettres que le font aujourd’hui les Gafa à l’Ouest et les BATX à l’Est. Comme si acronymie était synonyme de suprématie. Face à la fatalité dont nous faisons preuve devant ces nouveaux empires, nous devrions nous souvenir des fameuses paroles que Jean-Paul II adressa au peuple européen en pleine guerre froide : « N’ayez pas peur ! » Sortons de notre paralysie et dépassons nos complexes en démystifiant ces « géants ».

Les Gafa sont devenus les plus grandes capitalisations de l’histoire parce qu’ils ont été les premiers à fonder leur offre sur les lois de Metcalfe et Moore qui structurent l’économie numérique (effet de réseau et levier technologique, qui les mettent en situation de monopole). En Europe, nous n’avons pas su nous appuyer sur ces leviers, pourtant à notre portée, et n’avons pas non plus proposé d’alternative politique au libertarisme de la Silicon Valley.

Cette nouvelle mythologie, rendue possible par notre naïveté, semble toutefois désormais derrière nous : contournement abusif de l’impôt, qui remet en cause la souveraineté des États ; détournement abusif des données personnelles, qui remet en cause la souveraineté des personnes. Leurs abus répétés ont heureusement ébranlé notre passivité. L’Europe semble enfin prête à prendre la tête des non-alignés du numérique.

Notre think tank Digital New Deal a justement montré que nous pouvons défendre nos valeurs et nos intérêts en établissant par la régulation un contre-pouvoir à leur vision politique libertarienne. L’amende historique, de 2,4 milliards, pour « abus de position dominante » infligée à Google Shopping crédibilise notre démarche téméraire (décision issue d’une bataille juridique de sept ans, portée par Olivier Sichel – fondateur du think tank – et concrétisée par la commissaire européenne Margrethe Vestager).

Pour contrer leur maîtrise de l’effet de réseau, nous poursuivons une politisation des enjeux en protégeant les internautes, comme en témoigne notre influence dans la mise en place du RGPD, avec la publication dès 2015 de la note de Judith Rochfeld – membre fondatrice du think-tank – « Quelle politique européenne en matière de données personnelles ? ».

Nous suggérons également par nos travaux des modèles alternatifs : Clément Jeanneau propose la technologie blockchain pour faire émerger un écosystème européen du numérique (« L’âge du web décentralisé ») quand Paul Duan invite à une nouvelle forme de services publics collaboratifs par une alliance entre l’État et les innovateurs citoyens (« Le service public citoyen »).

Enfin, pour contrer leur supposée supériorité technologique, nous poussons à « sortir du syndrome de Stockholm numérique », à oser les concurrencer sur le cœur de leur système. La note de Jean-Romain Lhomme que nous publions aujourd’hui ne se contente pas d’appeler à un sursaut, elle signe la fin d’un mythe en offrant une solution concrète d’indépendance technologique : un petit pas pour la technologie, un grand pas pour notre souveraineté numérique et politique !

ÉDITO

UNE GOUVERNANCE POUR LA CIRCULATION DES DONNEES PERSONNELLES

L'article 20 du Règlement général sur la protection des données, qui consacre un droit à la portabilité des données, constitue une des clés pour mettre sur pied une architecture de circulation des données personnelles plus vertueuse que celle qu'ont mise en place les Big Tech.

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